Accident nucléaire
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Un accident nucléaire, ou accident radiologique, est un événement qui risque d’entraîner une émission de matières radioactives ou un niveau de radioactivité susceptible de porter atteinte à la santé publique. Un accident nucléaire est qualifié d'incident nucléaire si l'on juge que sa gravité et ses conséquences sur les populations et l'environnement sont très faibles.
Les accidents nucléaires peuvent survenir dans un site de l'industrie électronucléaire (une usine d'enrichissement de l'uranium, une centrale nucléaire, une usine de retraitement nucléaire, un centre de stockage de déchets radioactifs) ou dans un autre établissement exerçant une activité nucléaire (site militaire, hôpital, laboratoire de recherche...). Les accidents peuvent aussi se produire lors des nombreux transports de combustible nucléaire, de déchets radioactifs ou d'armes nucléaires par le rail, la route, par avion ou par bateau.
Pour mesurer la gravité d'un événement, et notamment savoir s'il peut être qualifié d'accident ou d'incident nucléaire, une échelle internationale en 7 niveaux a été définie l'échelle INES. Cette échelle est utilisée depuis 1991, ce qui signifie que la plupart des accidents (niveau supérieur ou égale à 4) ont été classés après coup.
Sommaire |
[modifier] Principaux accidents nucléaires
[modifier] Accident majeur
- Catastrophe de Tchernobyl : Ukraine, 1986. Niveau 7 de l'échelle INES. L'accident est survenu dans la centrale nucléaire Lénine située sur les rives du Dniepr à environ 15 km de Tchernobyl (Ukraine) et 110 km de Kiev, près de la frontière avec la Biélorussie. Suite à une série d'erreurs humaines et en raison de défauts de conception, le réacteur n°4 subit une fusion du cœur puis une explosion provoquant la libération de grandes quantités de radioisotopes dans l'atmosphère. Les autorités évacuent environ 250 000 personnes de Biélorussie, de Russie et d’Ukraine. Plusieurs centaines de milliers d'ouvriers (600 000 environ), les « liquidateurs » sont venus d'Ukraine, de Biélorussie, de Lettonie et de Russie pour procéder à des nettoyages.
[modifier] Accident grave
- Complexe nucléaire Mayak (Kyshtym) : URSS, 1957. Niveau 6 de l'échelle INES. L'accident est survenu dans le Complexe nucléaire Mayak à Kyshtym non loin de la ville de Tcheliabinsk en URSS, il a entraîné des rejets radioactifs très importants en dehors du site, au moins 200 personnes périrent, les mesures d'urgence ont comporté une évacuation d'environ 10 000 personnes et une zone interdite de 250 km². L'accident est tenu secret par le régime soviétique, les premières informations ne seront révélées qu'en 1976 par le biologiste soviétique Jaurès Medvedev immigré en Angleterre.
[modifier] Accidents sérieux
- Three Mile Island : USA, 1979. Niveau 5 de l'échelle INES. L'accident est survenu à la centrale nucléaire de l'île de Three Mile Island sur la rivière Susquehanna, près de Harrisburg, Pennsylvanie. Suite à une panne des pompes d'alimentation en eau du circuit secondaire de l'un des réacteurs, un enchaînement de défaillances mécaniques, d’erreurs humaines et de défauts de conceptioncitation nécessaire, entraîne la fusion du cœur. Malgré la gravité extrême de l’accident, l’enceinte de confinement étant restée intègre, et le relâchement de produits radioactifs dans l’environnement est resté faible.
- Windscale : Grande-Bretagne, 1957. Niveau 5 de l'échelle INES. L'accident est survenu à l'usine de retraitement de Windscale, un incendie dura plusieurs jours, pendant lesquels 740 mille milliards de becquerels d'iode radioactive (iode-131) ont été rejetés à l'extérieur. Le nuage radioactif a ensuite parcouru l'Angleterre, porté par les vents, puis touché le continent européen sans que la population française ne soit avertie. La consommation de lait a été interdite pendant deux mois sur une zone de 500 km2. Après cet accident, Windscale est débaptisé et devient Sellafield.
- Goiânia (État de Goiás, Brésil), 1987. Niveau 5 de l'échelle INES. Un appareil de radiothérapie, abandonné dans un ancien hôpital, est récupéré par des ferrailleurs pour la revente du métal au poids. Le césium 137, produit actif de l'appareil, est dispersé. Les gens jouent avec, attirés par la lumière bleue qu'il émet. Au moins quatre personnes décédées dans les 75 jours après la découverte, 249 personnes présentent des contaminations importantes, 49 hospitalisations, dont 21 en soins intensifs, et 600 personnes sont encore sous surveillance médicale en 2003. Il a fallu gérer 3 500 m3 de déchets radioactifs. <ref>Un accident technologique majeur : Dispersion d’une pastille de césium 137 (Goiânia, Brésil, 1987) - Thèse de doctorat du CNAM</ref>Cet accident a été classé au niveau 5 sur l'échelle INES. <ref>p. 32 Image:Page white acrobat.png [ pdf</span>]élaboration d'une échelle de classement des incidents et accidents radiologiques (avril 2003) site de l'ASN </ref>
- Le 26 juillet 2006, un accident nucléaire, qualifié de « très sérieux » par l'organisme suédois de l'inspection de la sûreté nucléaire (SKI)<ref>Anne-Françoise Hivert, « Les centrales suédoises pètent les plombs », dans Libération du 15/11/2006, [lire en ligne]</ref>, s'est produit à la centrale nucléaire de Forsmark.
[modifier] Accidents
- Tokaimura : Japon, 1999. Niveau 4 de l'échelle INES. Cet accident est survenu le 30 septembre à 120 km au nord-est de Tōkyō, non loin de Naka-machi. L'introduction dans la cuve de décantation, suite à une erreur humaine de manipulation, d'une quantité anormalement élevée d'uranium (16 kg) dépassant très largement la valeur de sécurité (2,3 kg), est à l'origine de la réaction de criticité. Cet accident a exposé plus de 600 riverains à des radiations importantes et tué deux des ouvriers de la centrale.
- Centrale nucléaire de Saint-Laurent (Loir-et-Cher), 1980. Niveau 4 de l'échelle INES. Un accident conduit à la fusion de deux éléments combustibles du réacteur n°2 d'une puissance de 515 MW, appartenant à la filière uranium naturel graphite gaz, abandonnée depuis 1994. La plaque métallique de maintien des capteurs de pression du réacteur vient, à la suite de phénomènes de corrosion, obstruer une douzaine de canaux du bloc de graphite, ce qui empêche le bon refroidissement du cœur et provoque la fusion de deux éléments combustibles. Gravement endommagé, le réacteur est indisponible pendant deux ans et demi environ. C'est l'accident nucléaire le plus grave jamais répertorié pour un réacteur en France.
[modifier] Incidents, anomalies et écarts
Les niveaux 3 et 2 de l'échelle INES sont qualifiés d'incidents. Le niveau 1 est qualifié d'anomalie et le niveau 0 d'écart.
A titre d'exemple, en France, en 2005, pour 58 réacteurs, plusieurs centaines d'événements de niveau 0 ont été déclarés, une centaine d'événements de niveau 1 et un de niveau 2 (Source : rapport annuel 2005 de l'ASN).
Concernant notamment les événements de niveau 0 et 1, on peut noter que le nombre d'événements déclarés n'est pas du tout représentatif d'un niveau de sûreté. Il s'agit en effet d'événements sans conséquence réelle ou potentielle grave, mais dont les exploitants et les autorités de sûreté ont décidé cependant d'informer le public.
En particulier, la comparaison entre pays sur ce genre de statistiques est sans valeur, car les politiques de déclaration des différents états diffèrent. Un grand nombre de déclarations signifie donc plutôt un souci de "transparence" qu'un mauvais niveau de sûreté.
[modifier] Evénement marquant récent
- 2006 Suède, le 26 juillet, niveau 2 de l'échelle INES : défaillance d’un système de secours de la centrale de Forsmark ; par précaution, deux réacteurs de la centrale d'Oskarshamn sont fermés<ref> Antoine Jacob, « Incident "sérieux" dans une centrale nucléaire suédoise », dans Le Monde, 06/08/2006, [lire en ligne] et http://grenoble.indymedia.org/index.php?page=article&filtre=0&droiteA=0&numpageA=1&id=3249</ref>. En 23 minutes, les équipes ont réussi à allumer deux des quatre générateurs de secours.<ref> Rapport préliminaire de l’organisme de sûreté nucléaire suédois concernant Forsmark 1 http://www.ski.se/dynamaster/file_archive/060803/33cd15dfe7e3739372aa77bbc24f96b0/RASK%2dreport%20english.pdf</ref> Lars-Olov Höglund,, un des constructeurs du réacteur n°1 de Forsmark, indique qu’il s’agit d’un événement grave : « C’est un pur hasard si la fusion du cœur n’a pas eu lieu » <ref> journal suédois Svenska Dagablet http://www.svd.se/dynamiskt/inrikes/did_13348422.asp</ref>. L’organisme de contrôle nucléaire états-unien, la NRC, estime que 50 % des scénarios menant à la fusion du cœur ont une seule et même cause : la coupure de courant du réacteur <ref>
HIRSCH, Helmut, Nuclear Reactor Hazards Report. p.121.
http://www.greenpeace.org/international/press/reports/nuclearreactorhazards </ref>.
Pour une liste plus complète, voir Liste des accidents nucléaires.
[modifier] Les procédures en cas d'accident en France
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En cas d'incident ou d'accident nucléaire, l'exploitant met en œuvre son Plan d'urgence interne (PUI) et prend toutes les mesures nécessaires concernant la centrale en matière de sûreté et de radioprotection. Il informe dans le même temps les autorités concernées chargées de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, ainsi que notamment le préfet.
[modifier] Au niveau local
Les responsables opérationnels en situation de crise sont le préfet et l'exploitant de l'installation (Électricité de France, le CEA ou AREVA). Le préfet est responsable de la sécurité des personnes et des biens à l'extérieur de l'installation. Lorsqu'un incident ou un accident survient dans une installation, et si le niveau de gravité le justifie, il déclenche le Plan particulier d'intervention (PPI) propre à l'installation touchée. Ce plan, de la responsabilité des pouvoirs publics, prévoit l'organisation de l'ensemble des moyens de secours et d'intervention disponibles. Le préfet a charge en outre de veiller à l'information du public et des élus.
Les PPI sont consultables sur le site de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
[modifier] Au niveau national
Les départements ministériels concernés travaillent en étroite collaboration avec le Préfet. Tout comme l'exploitant, ils lui fournissent informations et avis susceptibles de l'aider à apprécier l'état de l'installation, l'importance de l'incident ou de l'accident. Au ministère de l'Intérieur, le principal intervenant est la direction de la sécurité civile. Elle agit en coordination avec la direction générale de la police nationale pour mettre en place toutes les mesures de prévention et de secours indispensables à la sauvegarde des personnes et des biens.
La Direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DGSNR), direction sous tutelle conjointe du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, du ministère chargé de l'environnement, du ministère de l'emploi et de la solidarité, est chargée d'étudier la sûreté et la radioprotection dans les installations nucléaires, avant délivrance par les ministères des autorisations de création, démarrage, modifications, arrêt définitif, démantèlement et d'en assurer l'inspection. L'institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) est un institut chargé des études en matière de sûreté nucléaire et servant d'appui technique à la direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection. L'IRSN est sous la tutelle conjointe du ministère de la défense, du ministère chargé de l'environnement, du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, du ministère de la recherche, du ministère de la santé.
Enfin, jusqu'en 2003, le Secrétariat général du comité interministériel de la sécurité nucléaire (SGCISN) coordonnait l'action des différents départements ministériels et informait en permanence le président de la République et le Premier ministre sur l'évolution de la situation. Depuis le décret du 8 septembre 2003, créant un comité interministériel aux crises nucléaires ou radiologiques (CICNR), le SGCISN n'existe plus ; les mesures à prendre sont désormais définies dans la [directive interministérielle du 7 avril 2005] sur l'action des pouvoirs publics en cas d'événement entraînant une situation d'urgence radiologique.
Le Premier ministre peut à tout moment, à son initiative ou sur demande d'un ministre, réunir le CICNR, qui sera chargé de lui proposer les dispositions à prendre. Le CICNR comprend les ministres chargés des affaires étrangères, de la défense, de l'environnement, de l'industrie, de l'intérieur, de la santé et des transports ou leurs représentants, ainsi que le secrétaire général de la défense nationale qui en assure le secrétariat.
Les incidents et accidents se produisant un France sont répertoriés sur le site de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
[modifier] Au plan technique
La Direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DGSNR) met en place une cellule de crise avec l'appui technique de l'IRSN (l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) et maintient un contact étroit avec l'exploitant. Son rôle est triple :
- un rôle d'analyse : elle évalue la situation et suit l'évolution de l'incident ou de l'accident;
- un rôle de conseil : elle émet périodiquement avis et recommandations sur la conduite à suivre et l'évolution prévisible de la situation, à l'attention du préfet afin que celui-ci prenne si nécessaire des mesures de protection de la population;
- un rôle d'information des médias et de la population.
[modifier] Les actions de protections des populations
Les débuts et fin de l'alerte sont données par sirène et à la radio.
[modifier] Mise à l'abri
Rejoindre un bâtiment en dur, fermer les portes et fenêtres, arrêter les ventilations mécaniques. Si vous pensez avoir été touché par des produits toxiques ou radioactifs répandus lors de l'accident, douchez-vous, changez de vêtements et présentez-vous à un médecin dès la fin de l'alerte.
[modifier] Ecoutez la radio
Ecoutez la radio pour connaître les consignes à suivre. (France Inter, GO et FM)
[modifier] Ne téléphonez pas
Libérez les lignes pour les secours.
[modifier] Absorption d'iode stable
La protection de la glande thyroïde est réalisée par absorption d'iode stable afin de prévenir la fixation ultérieure d'iode radioactif.
Les pouvoirs publics ont pris en avril 1996 la décision de faire procéder à une distribution préventive individuelle de comprimés d'iode stable autour des installations nucléaires susceptibles de rejeter de l'iode radioactif en cas d'accident. La prescription préconisée est : un comprimé de 130 mg d'iodure de potassium (soit 100 mg d'iode stable) pour l'adulte et la femme enceinte, un demi-comprimé pour les enfants de 18 mois à 12 ans et seulement un quart de comprimé au-dessous de 18 mois.
C'est le préfet qui décide si la situation nécessite la prise de comprimé d'iode stable.
[modifier] Évacuation
Cette mesure a pour but de soustraire les populations à l'influence des rejets radioactifs. Cette évacuation peut être temporaire ou définitive suivant le degré de contamination de la zone. L'accident de Tchernobyl a nécessité l'évacuation d'une zone de 30 km autour de la centrale.
[modifier] Autres actions de protection
Suivant les cas : interdiction de consommer les produits agricoles ou l'eau.
[modifier] Limite d'exposition à la radioactivité
La limite est fixée à 1 millisievert pour le grand public et 20 millisieverts pour les travailleurs du nucléaire (voir aussi Conséquences pour la santé de l'exposition aux rayonnements ionisants).
La gravité des effets augmente en fonction de la dose reçue, du mode (irradiation, inhalation, ingestion), de la durée et aussi selon l’âge de la personne. En cas d'accident, le médecin détermine à partir d'analyses médicales la dose reçue.
| Exposition | Degré de gravité | Symptômes |
|---|---|---|
| Quelques millisieverts | Irradiation naturelle | |
| Quelques centaines de millisieverts | Aucun effet immédiat | Possibilité de nausées passagères et légère fièvre |
| Entre 1 000 et 2 000 millisieverts | Effet médical notable | Vomissements, fatigue,
fièvre, risques d'infection |
| Entre 2 000 et 4 000 millisieverts | Effet médical grave | Vomissements précoces, fièvre, troubles digestifs, hémorragies, chute de cheveux |
| Entre 4 000 et 10 000 millisieverts | Probabilité importante de décès | Idem, avec en plus des signes neurologiques (vertiges, désorientations) |
| Supérieur à 10 000 millisieverts | Décès |
[modifier] Prévention
La prévention est un élément fondamental de la sûreté de fonctionnement.
- La Direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DGSNR) procède périodiquement à des essais de vérification du bon fonctionnement du système d’alerte de ses agents et de ceux des DRIRE.
- L’ASN prépare chaque année un programme d’exercices nationaux de crise nucléaire, annoncé aux préfets par une circulaire conjointement signée par Direction de la défense et de la sécurité civile (DDSC), la Direction générale de la santé (DGS) et le Secrétariat général du comité interministériel de la sécurité nucléaire (SGCISN).
[modifier] Articles connexes
- Incident nucléaire
- Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
- Liste des accidents nucléaires
- Contamination radioactive
- Débat sur l'énergie nucléaire
[modifier] Références
<references />
[modifier] Liens externes
- Autorité de sûreté nucléaire
- Agence pour l'énergie nucléaire (AEN)
- IRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire
- Prim.net : dossier d'information sur le risque nucléaire
- Directive interministérielle du 7 avril 2005 sur l'action des pouvoirs publics en cas d'événement entraînant une situation d'urgence radiologique
- Les accidents nucléaires selon la SFEN
[modifier] Liens antinucléaires
- Témoignage d'un sapeur pompier professionnel au sujet de la gestion du risque nucléaire, dissident-media.org.
- Les comprimés d'iode, des tranquillisants contre l'angoisse nucléaire, dissident-media.org.
- Accident nucléaire selon le réseau Sortir du nucléaire
- Qui pense encore que l'accident nucléaire est impossible en France alors que les autorités s'y préparent ?, dissident-media.org.
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