Francais | English | Espanõl

Édit de Nantes

Un article de Wikivisual, l'encyclopédie libre.

L'édit de Nantes est un édit signé à Nantes le 13 avril 1598 par le roi de France Henri IV autorisant la liberté de culte aux protestants dans certaines limites et leur accordant certaines places fortes militaires. Henri IV lui-même était un ancien protestant et avait choisi de se convertir au catholicisme pour pouvoir accéder au trône. La promulgation de cet édit mit fin aux guerres de religion qui ont ravagé la France au XVIe siècle, le d'amnistie mettant fin à la guerre civile.

Que la mémoire de toutes choses passées d'une part et d'autre depuis le commencement du mois de mars 1585 jusqu'à notre avènement à la couronne et durant les troubles précédents et à l'occasion d'iceux, demeurera éteinte et assoupie comme de chose non advenue. Et ne sera loisible ni permis à nos procureurs généraux ni autres personnes quelconques publiques ni privées, en quelques temps ni pour quelque occasion que ce soit, en faire mention, procès ou poursuite en aucune cour ou juridiction que ce soit.

Guerres de religion (France)
Traité de Nemours - Bataille de Coutras - Bataille de Vimory - Bataille d'Auneau - Bataille d'Arques - Bataille d'Ivry - Bataille de Fontaine-Française - Édit de Nantes

Sommaire

[modifier] Historique

L'édit de Nantes, qui clôt en France la période troublée de guerre de religions, n'est pas le premier texte de ce type en France. Suite aux troubles constatés depuis quatre décennies, le roi de France Charles IX signe l'édit de Saint-Germain (ou édit de Janvier) le 17 janvier 1562 qui a le même esprit que le futur édit de Nantes en accordant la liberté de culte aux protestants dans les faubourgs. On peut noter également l'édit d'Amboise (19 mars 1563) qui réduit les droits aux seuls gentilshommes, ainsi que la paix de Saint-Germain (8 août 1570) qui accorde la liberté de conscience, la liberté de culte et quatre places fortes : La Rochelle, Cognac, Montauban et La Charité-sur-Loire. Ce qui fait la différence entre ces textes et l'édit de Nantes, c'est la mise en application réelle de ce dernier grâce à l'autorité d'Henri IV, qui avait été protestant lui-même plus tôt dans sa vie.

Contrairement à une idée reçue, l'édit de Nantes "ne fut pas un acte gracieux, dû à la volonté du roi, dans la plénitude de sa souveraineté, mais un traité dont les articles furent débattus comme avec des belligérants" (Jacques Bainville, Histoire de France, Marabout 1986). Garantissant la liberté de conscience partout dans le royaume, il accorde la liberté de culte dans les lieux où le protestantisme était installé avant 1597 ainsi que dans 3500 châteaux de seigneurs justicieux et dans deux localités par bailliage.

Dans certaines villes (Bordeaux, Grenoble, Castres), les protestants sont jugés par des tribunaux constitués pour moitié de protestants. Dans certaines villes, le culte protestant est interdit ( Paris, Rouen, Dijon, Toulouse ou encore Lyon..) mais dans d'autres c'est l'inverse (Saumur, La Rochelle, Montauban ou Montpellier). Pierre Miquel raconte que les catholiques "qui voulaient garder la foi de leur pères ne pouvaient se rendre à l'église : elle était détruite, ou la porte en était barrée par des piquets, sur ordre d'un chef protestant".

Il ne faut pas croire non plus que ce traité fut accueilli avec soulagement ; des villes comme Paris, Rennes, Rouen ou autres (villes catholiques) ne le ratifieront qu'au bout de 10 ans sous la menace d'Henri IV alors que des personnes comme Théodore Agrippa d'Aubigné le qualifièrent d'abominable édit.

Une autre idée reçue qui s'avère fausse est le concept de tolérance. Contrairement à ce qui a été dit en 1998, ce concept n'est pas dans l'édit, d'ailleurs ce mot n'y figure pas. En fait, à cette époque ce mot est négatif. Il est synonyme d'endurer ou encore de supporter. "Si ce que nous nommons tolérance signifie accepter la pensée de l'autre comme aussi vraie que sa propre opinion, voilà qui est parfaitement impossible au XVIe siècle. Dans le domaine religieux, chacun est sûr de détenir la vérité. Connaissant cette dernière, sachant que l'autre est dans l'erreur et joue son destin éternel, il serait criminel de l'abandonner et de renoncer à ce que nous appellerons un droit d'ingérence pour le sauver, y compris par la force" (Gabriel Audision, Le Figaro, 30 avril 1998).

Les Catholiques voient cet édit comme un moyen de contenir les protestants en attendant leur disparition, une sorte de pis-aller en somme. De leur côté les protestants ne considèrent cet édit que comme une pause dans la conversion des catholiques : "Dirons-nous qu'il faut permettre la liberté de conscience ? Pas le moins du monde, s'il s'agit de la liberté d'adorer Dieu chacun à sa guise. C'est un dogme diabolique" déclara en 1570 Théodore de Bèze, le successeur de Jean Calvin. En 1586, Catherine de Médicis s'adresse au vicomte de Turenne : "roi ne veut en ses États qu'une religion". Ce à quoi le vicomte répond "Nous aussi. Mais que ce soit la nôtre".

En pratique, l'édit de Nantes marque un tournant dans l'histoire des mentalités : sa signature marque la distinction entre le sujet politique, qui doit obéir, quelle que soit sa confession, à la loi du roi, et le croyant, libre de ses choix religieux dorénavant cantonnés à la sphère privée. L'homme se coupe en deux : une moitié publique, et une moitié privée ; les actions et les actes sont soumis sans exception à la loi du monarque.

Pierre Joxe a mis en valeur un des paradoxes de l'édit de Nantes. Il montre que ce texte, communément présenté comme fondant la tolérance, n'a pas toujours autant bénéficié aux protestants qu'on le croit. En revanche, il fonde, autour d'une religion d'État dont le souverain est le pivot, l'absolutisme. Son aboutissement est une véritable religion royale, qui culminera avec Louis XIV à Versailles, en « religion solaire ». L'édit conduit finalement la France à sacraliser un roi à un degré sans équivalent en Europe.

On voit d'ailleurs que les États généraux ne se sont réunis qu'une seule fois entre 1598 et la Révolution : les États généraux de 1614, qui furent convoqués par Louis XIII.

[modifier] Révocation

La révocation s'est faite en trois étapes.

[modifier] La révocation des clauses militaires (1629)

Le versant militaire de l'édit de Nantes, à savoir la possibilité pour les protestants de conserver des places fortes militaires, avait été révoqué sous le règne de Louis XIII, par la promulgation de l’édit de grâce d’Alès (28 juin 1629).
Celui-ci, qui fait suite au siège de la Rochelle, ville protestante, en 1628, interdit les assemblées politiques et supprime les places de sûreté protestantes. Mais il maintient la liberté de culte dans tout le royaume, sauf à Paris.

[modifier] La politique de conversion (années 1660 - 1685)

À partir des années 1660, une politique de conversion des protestants au catholicisme fut entreprise par Louis XIV à travers le royaume. Elle s'exerce par un travail missionnaire, mais aussi par diverses persécutions, comme les dragonnades. Les dragonnades consistent à obliger les familles protestantes à loger un dragon, membre d'un corps de militaires. Le dragon se loge au frais de la famille protestante, et exerce diverses pressions sur elle.

Cette politique de conversions plus ou moins forcées fut efficace, au moins officiellement, et on vit se développer une pratique clandestine du protestantisme, chez de nouveaux convertis au catholicisme.

Le nombre de protestants "officiels" chuta fortement, et l'édit de Nantes, formellement toujours valide, fut vidé de son contenu.

[modifier] La révocation définitive (1685)

Pour achever cette politique, Louis XIV révoqua le versant religieux de l'édit de Nantes en signant l'édit de Fontainebleau, contresigné par le chancelier Michel Le Tellier, le 18 octobre 1685. Le protestantisme devenait dès lors interdit sur le territoire français.

Cette révocation entraîna l'exil de beaucoup de huguenots, affaiblissant l'économie française au bénéfice des pays protestants qui les ont accueillis : l'Angleterre et ses colonies de la Virginie et de la Caroline du Sud, l'Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas et ses colonies du Cap et de la Nouvelle-Amsterdam, cette dernière anciennement située sur le territoire du New York et du New Jersey d'aujourd'hui. On parle très approximativement de 200.000 exilés, dont beaucoup d'artisans ou de membres de la bourgeoisie.

La révocation de l'édit de Nantes a aussi eu pour conséquences indirectes des soulèvements de protestants, comme la guerre des camisards des Cévennes, et une très forte érosion du nombre des protestants vivant en France, par l'exil ou la conversion progressive au catholicisme.

Sous les successeurs de Louis XIV, le protestantisme resta interdit, mais l'interdiction fut appliquée de façon progressivement moins militante, et de nombreuses communautés protestantes purent de ce fait subsister.

En 1787, Louis XVI institua l'édit de tolérance, qui mit fin aux persécutions.

Il faudra attendre la Révolution française de 1789 pour que le protestantisme retrouve totalement droit de cité.

Ce fut trois ans après cette révocation, que, selon beaucoup d'historiens, la Croix huguenote fut inventée à Nimes par Maystre.

Une découverte historiographique récente montre que l'édit de Nantes n'a pas été scellé avec de la cire verte, utilisée pour les édits perpétuels, mais avec de la cire brune, comme un édit temporaire. Problème de chancellerie ou calcul politique ? Le débat reste ouvert.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Bibliographie

  • L'édit de Nantes, une histoire pour aujourd'hui, Pierre Joxe, Hachette-Littératures, 1998
  • L'édit de Nantes par Janine Garrisson, 1998, Editeur / Edition : Fayard, Paris - 320 p.
  • L'édit de Nantes et sa révocation. Histoire d'une intolérance, par Janine Garrisson-Estebe, 1985, Éditeur / Édition : Editions du Seuil, Paris - 309 p.
  • La nuit des Dragons de Sigrid et Fred Kupferman, roman de jeunesse sur les fameuses Dragonnades.

[modifier] Liens externes

Wikisource propose un ou plusieurs textes de ou sur Édit de Nantes dans le domaine public
Image:P parthenon.svg Portail du Droit • Accédez aux articles de Wikipédia concernant le droit.
af:Edik van Nantes

cs:Edikt nantský de:Edikt von Nantes en:Edict of Nantes eo:Nanta edikto es:Edicto de Nantes fi:Nantesin edikti he:האדיקט של נאנט it:Editto di Nantes ja:ナントの勅令 ko:낭트 칙령 lb:Edikt vun Nantes nl:Edict van Nantes no:Ediktet i Nantes pl:Edykt nantejski pt:Édito de Nantes ru:Нантский эдикт sk:Nantský edikt sv:Ediktet i Nantes

Outils personnels